France : Réforme des retraites : un manque cruel de clarté

En retirant une disposition relative à l’âge pivot du projet de loi, le premier ministre, Edouard Philippe, a fait un pas vers les syndicats réformistes. Il n’est pas sûr cependant que les Français soient, eux, convaincus tant, depuis le début, la réforme est alambiquée.

Jusqu’à présent, le débat sur la réforme des retraites s’est beaucoup focalisé sur un âge pivot entrant en vigueur à partir de 2022 pour atteindre graduellement 64 ans en 2027. Cette mesure, qui revient, sans le dire, à relever l’âge de départ afin d’équilibrer financièrement l’ensemble du système, constituait une ligne rouge pour les syndicats réformistes. Le gouvernement a consenti à faire un pas dans leur direction en retirant la disposition du projet de loi, permettant à chacun de sauver la face. Ce geste d’ouverture était nécessaire pour tenter de sortir d’un mouvement social qui s’enlise après plus de quarante jours de grève à la SNCF et à la RATP. Toutefois, rien n’indique à ce stade qu’il sera suffisant pour convaincre des Français qui restent sceptiques sur les bienfaits de la réforme.

Dans un courrier adressé, samedi 11 janvier, aux partenaires sociaux, le premier ministre, Edouard Philippe, propose désormais que la question du financement du système soit tranchée par une conférence réunissant syndicats et patronat. Ceux-ci devront remettre leurs conclusions d’ici à la fin du mois d’avril. C’est court. Ce calendrier doit en effet permettre de les intégrer au projet de loi avant sa discussion en deuxième lecture à l’Assemblée nationale.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a qualifié l’avancée de « victoire », tout en restant conscient que de nombreuses incertitudes pèsent encore sur ce qui sortira de cette conférence. Le gouvernement, de son côté, insiste sur la responsabilité dont vont devoir faire preuve les partenaires sociaux pour résorber un déficit qui devrait atteindre de 7,9 milliards à 17,2 milliards d’euros en 2025, selon le Conseil d’orientation des retraites.
Des questions en suspens

La feuille de route qu’il fixe est très balisée. Edouard Philippe ne veut ni d’une baisse des pensions, qui amputerait le pouvoir d’achat des retraités, ni d’une hausse des cotisations, qui pèserait sur la compétitivité des entreprises et donc sur l’emploi. Une fois écartés ces deux paramètres, le relèvement de la durée de cotisation risque de revenir en force. Les solutions évoquées par certains syndicats, comme le recours au fonds de réserve des retraites, doté d’un peu plus de 30 milliards d’euros, ne sont pas à la hauteur de l’enjeu sur le long terme, dans la mesure où cette « cagnotte » serait épuisée au bout de seulement quelques années.

Renvoyer le sujet du financement à des discussions parallèles contribue cependant à obscurcir un peu plus une réforme qui souffre depuis l’origine d’un manque évident de clarté. A ce stade, ni le président de la République ni le premier ministre n’ont été suffisamment pédagogues pour expliquer sans détour aux Français le sens de cette réforme systémique, qui prétend supprimer quarante-deux régimes existants pour les remplacer par un régime universel.

Quels seront les avantages par rapport au système actuel ? Qui seront les perdants ? Il y en aura indubitablement. Combien les mesures correctrices prises en faveur de certaines catégories (compensations salariales pour les enseignants, augmentation du minimum retraite, bonus pour les mères de famille…) coûteront-elles ? Le Parlement, lui, est placé dans la situation inconfortable de devoir commencer l’examen du texte en n’ayant pas toutes les données de l’équation. L’opacité avec laquelle le gouvernement a avancé sur cette réforme explique pour beaucoup les difficultés auxquelles il se trouve aujourd’hui confronté. S’il veut enfin convaincre, il doit parler clairement.

Source : lemonde.fr

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