France : Les recettes de l’Agirc-Arrco pour un régime de retraite équilibré

Après neuf années de déficit suite à la crise de 2008-2009, le régime de retraite complémentaire des salariés du privé Agirc-Arrco redevient bénéficiaire en 2019. Ses responsables mettent en avant l'efficacité de leurs décisions et de leur gouvernance et estiment que le futur régime de retraites pourrait s'en inspirer.

 Il a fallu neuf ans pour que les régimes de retraites complémentaires Agirc et Arrco, fusionnés au 1er janvier 2019, reviennent à l’équilibre après la crise de 2008-2009 qui les avait fait plonger. En 2019, "les partenaires sociaux ont remis à l’équilibre le régime de retraites complémentaires des salariés du privé", s’est réjoui le président de cette structure paritaire, Jean-Claude Barboule.

Après un déficit technique (recettes/dépenses) de 5,6 milliards d’euros en 2014 (le maximum), de 2 milliards d’euros en 2018, l’Agirc-Arrco affiche un excédent technique de 0,5 milliard d’euros en 2019. Avec l’apport des produits financiers (les réserves du régime sont placées), l’excédent est même de 1,2 milliard d’euros. "Nous serons en excédent pour les quatre prochaines années", assure le président de l’Agirc-Arrco. Il y a quelques semaines, la Cour des comptes avait salué les efforts fournis par l'Agirc-Arrco.

Des ressources qui progressent plus vite que les dépenses

A l’origine de ce redressement, une progression des ressources (+4,8%) nettement supérieure à celle des charges (+ 1,7%). Sur les 83,6 milliards d’euros de ressources, 80 proviennent des cotisations. "Celles-ci ont fortement augmenté en raison de la progression de la masse salariale en France", indique Philippe Goubeault, directeur financier. Quant aux 83,1 milliards de dépenses, ils correspondent à hauteur de 81,2 milliards aux allocations servies aux retraités. Leur augmentation de 2,3% s’explique par un plus grand volume des "points servis" (l’Agirc-Arrco est un régime par point), notamment suite à une revalorisation des retraites complémentaires au 1er novembre 2019. Les dépenses de gestion (1,9 milliard d’euros) ont diminué de 600 millions d’euros suite à des efforts internes.

Les partenaires sociaux ont aussi pioché dans les réserves de l’Agirc-Arrco pour redresser la barre, à hauteur de 37 milliards d’euros. Bien placées, les réserves, qui étaient de 60 milliards d’euros fin 2017 sont aujourd’hui de 65,6 milliards d’euros, en dépit des 37 milliards prélevés.

Donner des idées au gouvernement

"Pour assurer ce redressement, nous avons pris des mesures courageuses", a tenu à souligner Jean-Claude Barboule, avec des efforts partagés entre les employeurs (majoration de cotisation), les salariés (instauration d’un âge pivot), les retraités (moindre revalorisation des allocations). Et grâce à des accords régulièrement signés, donc un pilotage fin. "On a quelques réalisations probantes à mettre en avant, qui pourraient donner des idées au gouvernement", a conclu le président de l’Agirc-Arrco.

Premier exemple : la fusion des régimes Agirc et Arrco, début 2019, "une grande fusion informatique et humaine" selon le vice-président de la structure, "s’est passée sans aucun heurt". Sous-entendu : l’Agirc-Arrco saurait parfaitement gérer d’autres fusions de régimes à venir. D’autant qu’au sein du GIP Info retraite, "la coordination des 42 régimes est déjà en cours", notamment pour offrir des services aux salariés, dont la simulation de leurs pensions.

Un pilotage à quinze ans

Autre exemple de bonne pratique qui pourrait inspirer le gouvernement dans la mise en place de son futur régime de retraites : les différentes temporalités retenues par les partenaires sociaux pour gérer les retraites complémentaires du privé. Avec un pilotage stratégique à quinze ans (maintenir quoi qu’il arrive une réserve correspondant à six mois de pension), un pilotage tactique à cinq ans, avec une "revoyure" tous les ans pour vérifier que la trajectoire est la bonne.

A propos de la réforme en cours, Didier Weckner, vice-président, a estimé qu’"un horizon de quarante ans est très dangereux, on dit n’importe quoi". Même réserve sur l’idée du gouvernement de garantir un équilibre financier du régime à cinq ans : "Cinq ans, c’est le temps du politique, pas celui des retraites. Le paritarisme n’est pas sur un temps politique court, lui." Donc mieux vaudrait selon lui confier la gouvernance du futur régime aux partenaires sociaux.

Ces derniers sont également fiers de la gestion de leurs réserves. Pour Jean-Claude Barboule, "les réserves, ce ne sont pas des provisions pour nos charges, mais un système déterminant de pilotage, qui permet d’amortir les aléas économiques ou démographiques. S’il n’y a pas de réserves, il n’y a pas de pilotage".

Comme beaucoup d’acteurs, les responsables de l’Agirc-Arrco attendent de savoir sur quoi le projet de loi réformant les retraites va déboucher, en juillet. Et se tiennent prêts à jouer un rôle de premier plan dans la gestion du futur régime.

Source : Cécile Maillard, usinenouvelle.com

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