Sandrine Gorreri, IFRAP

Sandrine Gorreri, IFRAP

La presse a publié en exclusivité les nouvelles perspectives du Conseil d'orientation des retraites (Cor). Le Cor a recalculé (après des estimations en juin) la trajectoire du système de retraites pour les prochaines années :

  • Alors que le déficit du système de retraite était proche de 1,9 milliard en 2019, il devrait plonger à 25,4 milliards en 2020 ;
  • Crise sanitaire et économique oblige, ce plongeon s'explique par des recettes qui s'effondrent, à cause de la contraction de l'emploi et des salaires servant de base aux cotisations, les pensions, elles, n'ayant quasiment pas chuté.
  • Le déficit devrait se redresser à 10 milliards en 2022 mais rester durablement dans le rouge pour se situer à -13 milliards en 2024.

    Par rapport aux estimations en fin d'année 2019, le système de retraite accusera un accroissement permanent (au moins jusqu'en 2024) de 0,2 point de PIB de déficit de financement en raison de la crise, soit 4 à 5 milliards d'euros.

    Dans le même temps le gouvernement a publié les premiers éléments de cadrage du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 (PLFSS 2021) : les chiffres confirment cette tendance avec un déficit anticipé de la Cnav (assurance vieillesse) et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) de 11 milliards en 2020[1] et 10 milliards en 2024.

    Même si, avec le plan de relance, le gouvernement espère "permettre à la France de retrouver dès 2022 le niveau d’activité de 2019", les documents budgétaires ne brillent pas par leur optimisme :

    "Le déficit de la Cnav stagnerait jusqu’en 2022 autour de 7 Md€ avant de se dégrader tendanciellement à compter de 2023" ;

  • "Compte tenu de flux de départ importants qui ne sont plus que faiblement ralentis par la montée en charge du décalage de l’âge du taux plein automatique et l’allongement progressif de la durée d’assurance minimale requise, les dépenses de la branche évolueront à un rythme soutenu jusqu’en 2024" ;

  • "La dégradation tendancielle de la situation financière de la Cnav ainsi attendue interviendrait assez tardivement (en 2023) en raison d’une hausse des produits de cotisations salariales de la branche. Ces dernières augmenteraient en répercussion des revalorisations salariales décidées dans le cadre du Ségur de la santé (…) Ces cotisations supplémentaires s’élèveraient à 0,7 Md€ en 2021, elles monteraient ensuite progressivement en charge pour atteindre près de 1 Md€ en 2023 venant ainsi compenser partiellement le dynamisme des prestations en début de période."

  • Ce n'est donc que parce que le gouvernement a mis en place des mesures salariales en faveur des soignants que l'équilibre des comptes ne serait pas dégradé trop vite ! Le Cor dit en substance la même chose : si la crise a fait chuter les recettes suite à l'effondrement de la masse salariale du privé, la chute a été en partie amortie par le maintien du salaire des fonctionnaires et donc de leurs cotisations.

    Si les fonctionnaires ont vu les recettes de leur régime de retraite garanties (voire augmenter) ce n'est pas le cas des salariés du privé et les conséquences vont vite se faire sentir. L'Arrco-Agirc a déjà annoncé qu'il n'y aurait pas de revalorisation du point en novembre. Certes l'inflation est très faible et l'effet d'une indexation sur les prix aurait été symbolique (la pension complémentaire moyenne étant de 500 euros, avec 0,2% d'inflation – 0,1% de correctif pour l'année dernière, l'augmentation moyenne aurait été de 50 cts).

    Les retraites complémentaires pourraient être amenées à prendre d'autres mesures car le déficit 2020 est anticipé à 6,3 milliards et il a fallu puiser dans les réserves pour financer les retraites complémentaires. Or, les accords Agirc-Arrco prévoient que les réserves (65 Mds – montant évalué avant la crise, le directeur F.-X. Selleret ayant parlé récemment dans la presse de 60 Mds doivent représenter 6 mois de versements.

    Si on récapitule face à la crise :

  • Les partenaires sociaux en charge des retraites complémentaires ont pris des mesures conservatoires pour au moins geler les retraites ;

  • Les fonctionnaires de la Direction de la Sécurité sociale ont d'ores et déjà prévu de refiler les déficits à venir du régime général à la Cades.

  • On attend de voir si des mesures de gel des pensions publiques pourraient être annoncées. Ce serait logique étant donné que le coût supplémentaire d'une indexation se répercuterait automatiquement sur le déficit de l'Etat.

    La réforme des retraites version début du quinquennat d'E. Macron est bel et bien enterrée. Au mieux on ne peut qu'envisager à court terme que des mesures de dépenses supplémentaires sur les retraites agricoles ou des mesures de simplification. Augmenter les cotisations ? Le contexte économique rend cette solution tout simplement impossible à envisager. Reste deux solutions :

  • Reculer l'âge de la retraite pour apporter de l'air au système ;

  • Augmenter la dette sociale et reporter le fardeau sur les prochaines générations.

  • Il semble qu'on ait choisi la 2e et ce n'est pas une très bonne nouvelle !

    Extrait entretien Le Parisien 13/10/2020 : On croit rêver !

    Mais au regard du contexte, de la dette sociale qui s'accumule, n'est-il pas prudent de poursuivre son activité ? « Deux fois non ! tranche Renaud Villard. L'Assurance retraite va finir l'année sur un déficit de 13 milliards d'euros, mais pour garantir le paiement des pensions, nous avons mobilisé 5 milliards d'euros du Fonds de réserve des retraites. À côté, le gouvernement a sécurisé la dette Covid-19 en l'isolant et en prolongeant la CRDS. La garantie de continuité de paiement des retraites est absolue », insiste-t-il. « À l'Agirc-Arrco, nous disposons de 60 milliards d'euros de réserves, glisse de son côté Francois-Xavier Selleret. Aucun risque de rupture ou de baisse des pensions. »

  • Source : Sandrine Gorreri, ifrap.org

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