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Crise sanitaire oblige, le déficit technique du régime des retraites complémentaires des salariés du privé a atteint le montant record de 6 milliards d’euros en 2020. Les syndicats et le patronat, qui cogèrent le régime, n’envisagent pas de négociation sur le redressement des comptes avant l’automne afin de mesurer les effets de la reprise.

Un déficit historique. Comme ceux de la Sécurité sociale, les comptes des retraites complémentaires des salariés du privé (Agirc-Arrco) ont plongé dans le rouge vif sous le choc de la crise sanitaire. Selon les chiffres dévoilés ce mardi 16 mars, le trou a atteint quelque 6 milliards d’euros en 2020, hors produits financiers, sur 83 milliards de pensions versées, principalement à cause de l’effondrement des cotisations sociales dû au chômage partiel durant le confinement et des délais de paiement accordés aux entreprises en difficulté.

"C’est un déficit directement lié au choc exceptionnel de la pandémie, décrypte François-Xavier Selleret, le directeur général du régime de retraite Agirc-Arrco. On peut espérer qu’il se résorbera rapidement avec la reprise, même s’il est encore trop tôt pour effectuer des prévisions fiables." Les syndicats et le patronat, qui cogèrent le régime, se donnent d’ailleurs le temps de voir les effets de l’évolution de l’activité économique dans les prochains mois avant d’envisager des mesures de rééquilibrage des comptes. "Il n’y a pas d’urgence, estime Brigitte Pisa, vice-présidente CFDT de l’Agirc-Arrco. La question pourrait être discutée à l’automne."

61 milliards de réserve
Au sein de la caisse des retraites complémentaires, on parie sur les vertus de la cogestion entre patronat et syndicats pour surmonter cette nouvelle
crise. La crise financière de 2008, qui avait durablement plombé les comptes -jusqu’à -5,6 milliards en 2014-, avait en effet conduit les partenaires sociaux à prendre des mesures draconiennes de redressement, dont plusieurs années de gel des pensions complémentaires. Un plan qui avait permis de retrouver un excédent de 237 millions d’euros en 2019.
Face aux aléas conjoncturels, la caisse Agirc-Arrco peut aussi compter sur sa confortable réserve de 61 milliards, placée à 70% en obligations et 30% en actions, qui lui a rapporté 1,2 milliard en 2020, ce qui lui a permis de ramener son déficit total à 4,8 milliards. Une cagnotte dans laquelle le régime a en outre puisé 4,6 milliards d’euros pour faire face à ses difficultés de trésorerie l’an passé.

Réduction de 26% des effectifs des caisses en sept ans
En interne, les réorganisations se sont aussi enchaînées depuis huit ans pour réduire les coûts de gestion. Ceux-ci ont été régulièrement épinglés par la Cour des comptes comme "très supérieurs" à ceux de la Sécurité sociale. La caisse Agirc-Arrco, composée d’une dizaine d’organismes gestionnaires, tels Malakoff-Humanis, AG2R La Mondiale, Pro BTP ou Klésia, a ainsi drastiquement taillé dans ses effectifs, qui sont passés de 15.000 à 11.000 personnes entre 2013 et 2020 en jouant en particulier sur les départs à la retraite. La quarantaine de logiciels utilisés il y a dix ans ont aussi été fusionnés en un seul grâce à un investissement de 80 millions d’euros. Au total, les frais de gestion annuels ont diminué de 1,9 à 1,3 milliard en huit ans.

Afin de renforcer encore les économies d’échelle, le gouvernement veut confier en 2022 le recouvrement des cotisations Agirc-Arrco aux Urssaf qui récoltent déjà les cotisations de la Sécurité sociale et de l’Unedic. A la clé, un gain de 170 millions d’euros supplémentaires et une simplification pour les entreprises qui n’auraient plus qu’un seul interlocuteur. "Les Urssaf sont en plus mieux armés pour lutter contre les fraudes", abonde un haut fonctionnaire du ministère des Affaires sociales.

Transfert du recouvrement des cotisations contesté
Problème, les organisations patronales et syndicales redoutent qu’un tel transfert pénalise la trésorerie des entreprises, qui paient actuellement les cotisations Agirc-Arrco dix à vingt jours plus tard. Plus grave, elles craignent des ratés dans le décompte des droits à la retraite des salariés. "Les Urssaf ne disposent pas de logiciels assez sophistiqués pour vérifier les calculs du système de retraite à points du privé, s’alarme Brigitte Pisa, vice-présidente CFDT de l’Agirc-Arrco, et s’il y a un bug, cela pourrait avoir des effets sur les retraites de 18 millions de personnes." Une menace à peine voilée pour inciter le gouvernement à faire machine arrière.

Source : challenges.fr

Tag(s) : #France
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