Adeline Lorence, Capital

Adeline Lorence, Capital

Même en dehors de la pandémie, l’espérance de vie évolue moins vite et le taux de fécondité recule. Une tendance qui ne sera pas sans conséquence pour notre régime de retraite.

Prévoir l’avenir du système de retraite dans la période d’incertitude actuelle est un exercice plus que périlleux. C’est le rôle du conseil d’orientation des retraites (Cor), qui chaque année publie un rapport sur l’évolution et les perspectives des retraites en France. Alors que le fantôme de la réforme des retraites plane encore et que la pandémie pourrait changer la donne, le Cor s’interroge sur l’impact de la démographie pour notre régime de retraite. Dans ses travaux préparatoires au rapport annuel publiés en avril, il propose de changer les données prises en compte en matière d’espérance de vie et de taux de fécondité pour réaliser ses projections. “Les évolutions récentes de la démographie française conduisent à proposer aux membres du Cor de retenir les hypothèses basses de fécondité et d’espérance de vie pour les projections du rapport annuel de juin 2021, et non plus les hypothèses centrales retenues jusqu’ici”, suggère le document.

Le choix de revoir ces indicateurs n’est pas directement lié à la pandémie. Le surcroît de mortalité et la baisse de la natalité sont considérés comme exceptionnels et ne sont pas encore totalement évalués. Si le Cor envisage de changer ces hypothèses, c'est avant tout car une tendance de fond se dégage. Ainsi, l’espérance de vie a progressé moins rapidement que prévu dans la période 2013-2019. De son côté, le taux de fécondité est en diminution continue depuis 2015. Alors que jusqu’à présent le Cor se basait sur l’hypothèse centrale de l’Insee d’un taux de fécondité de 1,95 à partir de 2016, le conseil propose désormais de retenir l’hypothèse basse d’un taux de fécondité de 1,80 à partir de 2020. Même trajectoire pour l’espérance de vie. Dans l’hypothèse centrale qui était la référence jusqu’à présent, l'espérance de vie à la naissance des femmes était projetée à 93 ans en 2070 et celle des hommes à 90,1 ans. Dans l’hypothèse basse qui pourrait être retenue, elle est évaluée à 90 ans pour les femmes et 87,1 ans pour les hommes.

À première vue le sujet peut paraître technique, mais les conséquences de ces changements de paramètres sont elles bien concrètes. “Réviser à la baisse la fécondité dès 2022 conduirait à diminuer le nombre d’actifs à partir du moment où les enfants à naître arriveraient à l’âge de travailler (soit vers 2040) et, à un horizon très lointain (au-delà de 2070), le nombre de retraités. Réviser à la baisse l’espérance de vie conduirait pour l’essentiel à une diminution du nombre de retraités dès 2022, ceux-ci percevant leur retraite moins longtemps que dans les précédentes projections”, relève le rapport. La conséquence serait aussi que le temps passé à la retraite diminuerait. Si l’on prend l’exemple de la génération 1990, dans l’hypothèse centrale de l’Insee citée plus haut, le temps passé en emploi sur l’ensemble de la vie serait de 35% et celui à la retraite de 32%. En prenant l’hypothèse basse, le temps à la vie active grimperait à 36% et baisserait à 29% pour la retraite. Conséquence : alors qu’elle travaillera plus longtemps et donc cotisera plus, cette génération percevra pendant moins longtemps une pension.

Source : Adeline Lorence, capital.fr

Tag(s) : #France
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