Marie Cécile Renault, Le Figaro

Marie Cécile Renault, Le Figaro

Syndicats et patronat se réunissent ce lundi pour examiner l’état du régime. Ils vont devoir décider comment combler le déficit et reconstituer les réserves.

Alors qu’Emmanuel Macron s’interroge sur la manière de relancer la réforme des retraites, les partenaires sociaux se penchent de leur côté sur l’avenir du régime de retraites complémentaires du privé, mis à mal par la crise sanitaire. Syndicats et organisations patronales, gestionnaires du régime Agirc-Arrco qui verse chaque année 80 milliards d’euros de pensions à 13 millions de retraités du privé, se réunissent en effet ce lundi pour examiner l’état du régime qui est sorti de la trajectoire qu’ils lui avaient fixée.

«Nous avons alerté les partenaires sociaux, car les hypothèses de départ ne sont plus respectées», indique Didier Weckner (Medef), président du conseil d’administration de l’Agirc-Arrco. «La crise Covid fait qu’on ne respecte plus les paramètres, il faut donc se mettre d’accord pour voir si on bouge quelque chose», confirme Brigitte Pisa (CFDT), vice-présidente.

D’une part, le régime accuse un déficit d’environ 4,5 milliards d’euros, dû au chômage partiel et à la perte d’activité qui ont engendré moins de rentrées de cotisations. D’autre part, les réserves ont baissé de 65 à 61 milliards d’euros, et la règle voulant qu’elles représentent au minimum six mois de prestations pourrait ne plus être tenue d’ici à 2033.

Trois solutions sur la table

La première réunion, ce lundi, doit permettre aux partenaires sociaux de se mettre d’accord sur les chiffres. Lors des séances suivantes, ils devront décider des mesures à prendre pour ajuster le tir. Syndicats et patronat se donnent trois semaines pour s’entendre et signer un avenant au précédent accord datant de 2019, ou carrément renégocier un nouvel accord national interprofessionnel (ANI).

«On va regarder les chiffres, ensuite, chacun réfléchit et revient avec des propositions, indique prudemment Frédéric Sève (CFDT). Mais le régime est costaud. Il faut d’abord voir les évolutions possibles, en fonction de la nature de la reprise.» Le patronat est, lui, déterminé à redresser la barre. «On attend des partenaires sociaux qu’ils agissent. Il faut trouver un plan de retour à l’équilibre et une stratégie de reconstitution des réserves», affirme Éric Chevée (CPME).

Pour cela, il n’y a que trois solutions: augmenter les cotisations, baisser les pensions ou relever l’âge de départ. Avec un panachage possible. D’ores et déjà, un consensus se dégage pour ne pas augmenter les cotisations, déjà à un niveau record, et ce n’est pas le moment en sortie de crise. «Ce serait la spirale de la mort pour casser la relance», assène le Medef. Autre solution: geler l’évolution des pensions.

Une solution qui suppose de revenir sur l’accord de 2019 prévoyant qu’elles seraient indexées sur l’inflation jusqu’en 2022. Le patronat y est favorable. «Les salariés ont plus souffert de la crise que les retraités», justifie Éric Chevée. Mais les syndicats ne veulent pas toucher au pouvoir d’achat des retraités, la CGT refusant d’opposer «les intérêts des actifs et des retraités». Idem chez FO. «Pas question de désindexer les pensions», affirme Michel Beaugas, qui propose, plutôt, «d’accepter, sur une période de temps limitée, d’avoir 40 % de réserves au lieu de 50 %».

Enfin, dernière solution, relever l’âge. Les partenaires sociaux ont déjà mis en place, depuis le 1er janvier 2019, un système de bonus/malus autour d’un âge pivot de 63 ans pour inciter les salariés du privé - même ceux ayant tous leurs trimestres - à retarder leur départ d’un an. Sinon, une décote de 10 % est appliquée sur leur pension durant trois ans. Le mécanisme devait être réexaminé en 2021, mais déjà les syndicats le jugent inefficace. «Ce bonus-malus n’a pas fait changer les comportements. Seulement 50 % des gens sont partis un an plus tard, les autres sont partis avec la décote. Et cela n’a rapporté que 325 millions au régime. Bref, ça ne marche pas», observe Frédéric Sève. «Il faut arrêter, ce n’est pas convaincant», conforte Michel Beaugas.

Décote plus longue ou plus dure

Côté patronat, on estime que si le système n’est pas efficace, c’est qu’il n’est pas assez incitatif: il faudrait une décote plus longue ou plus dure. En tout cas, pas question de revenir en arrière. «Impossible d’envoyer le signal politique que relever l’âge ne sert à rien», indique Éric Chevée, les employeurs militant pour porter à 64 ans la borne d’âge pour le régime général…

Source : Marie Cécile Renault, lefigaro.fr

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