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Enterrée dans sa forme initiale par Emmanuel Macron, l’idée d’une réforme des retraites refait surface. Mais les marges de manœuvre sont très étroites à moins d’un an de la présidentielle.

Le projet était un big-bang de notre système de retraites. La grande mesure du quinquennat, portée au nom d’une plus grande justice sociale​. Cela passait par l’instauration d’un régime universel ​et à points . Fini les exceptions. L’objectif était aussi d’assurer l’équilibre financier du système à court terme pour éviter qu’il ne passe dans le rouge dès 2022.

Un premier volet consistait donc à fusionner les quarante-deux régimes existants (salariés du privé, fonctionnaires, avocats, salariés d’EDF, de la SNCF…) d’ici à 2025. Le second visait à remplacer les cotisations par trimestre par un système de points : un euro cotisé devait ouvrir les mêmes droits pour tous. Enfin, s’était ajoutée en cours de route la création d’un âge « pivot » ​à 64 ans, pour inciter à partir plus tard, donc à cotiser plus longtemps. Pour ceux qui partaient à l’âge légal de 62 ans, la pension était amputée de 5 %.
Après des semaines de grève à l’hiver 2019 et un vote houleux en première lecture, le projet de loi a été mis en pause « grâce » ​à la crise, au printemps 2020. Depuis, ce texte est même devenu caduc puisqu’il prévoyait la création d’une conférence de financement qui devait s’achever fin avril 2020… mais n’a jamais eu lieu.
Définitivement enterré ?

Dans sa forme initiale, oui. Il faut dire que le maintien de cette réforme « systémique »  divisait jusque dans la majorité. Les uns, comme le ministre de l’Économie Bruno Le Maire la jugeant indispensable ​pour la relance économique. Les autres, comme la ministre du travail Élisabeth Borne, estimant au contraire qu’elle n’était plus une priorité. Pour Jean Castex, ce n’était de toute manière plus le moment, à moins d’un an de la présidentielle.
Emmanuel Macron a sifflé la fin de la partie, jeudi, en déclarant, que le texte ne pouvait plus être repris « en l’état »​. Selon lui, la réforme était très ambitieuse, extrêmement complexe et, du coup, était porteuse d’inquiétude​.
Débat clos ? Pas forcément puisqu’« en même temps »​, le Président sème le doute. Est-ce que nous pouvons ne rien faire sur la retraite dans les mois qui viennent ?​, s’est interrogé le chef de l’État, jeudi, ajoutant qu’il aurait à prendre bientôt des décisions difficiles​. Sans dire lesquelles.
Une autre réforme possible ?

La tentation est là. Ne serait-ce que pour ne pas avoir à assumer le renoncement à une réforme souhaitée par 53 % des Français si l’on en croit un sondage de l’Ifop, réalisé début juin. Samedi, le président du Modem François Bayrou, allié d’Emmanuel Macron, a jugé inéluctable ​de la mener à bien. Hier, sur BFM, le ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran en faisait une nécessité absolue​.
Hier encore, dans le JDD et sur Europe 1, Bruno le Maire a une nouvelle fois défendu cette réforme indispensable ​pour équilibrer ​le système actuel. Il faudrait, selon lui, qu’elle ne tarde pas trop​, tout en rappelant que le responsable ​de ce dossier reste le président de la République. Le seul à même de définir ​le calendrier. Si la séquence politique ne s’y prête guère, rien n’est exclu​, a dit, jeudi, Emmanuel Macron.

Quelles pistes sur la table ?

Ce ne sont pas les idées qui manquent. Comme une accélération du calendrier de l’allongement progressif de la durée de cotisation prévue par la réforme Touraine (43 ans en 2032, contre 41 ans aujourd’hui). Autre solution, plus impopulaire encore : augmenter l’âge légal de départ de 62 ans, à 64 ans. À la clé, des économies de l’ordre de 10 à 20 milliards. À comparer au déficit budgétaire de la France qui s’élève désormais à quelque 220 milliards d’euros.
En revanche, la perspective d’un système universel​, l’esprit même de la réforme d’origine, s’éloigne. Réformer n’exclut pas de tenir compte de la situation individuelle de chacun​, a indiqué, dimanche, Bruno Le Maire.

Source : ouest-france.fr

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